11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 10:33

 

 

 

A la Croisée des routes, une ferveur oubliée a érigé des croix, dont on connaît peu l'histoire

 

Imposantes ou modestes, dressées en pleine campagne à la jonction de routes dont elles matérialisent le carrefour, ou au contraire retirées dans les sous-bois, ayant été mises à l'écart par les modifications successives du paysage rural, les croix dites "de carrefour", croix de mission, ou pour certaines, "calvairesl", ne nous disent plus grand chose aujourd'hui. Mais leur mystère, leur majesté comme leur modestie, ne laissent pas de nous émouvoir, et à tout le moins, de nous interroger.

DE NOMBREUSES CENTENAIRES

 

Que représentent-elles, en effet, nos croix de marbre, de fer ou de pierre, rongées par la rouille, ou transies sous leur triste patine? Quel rôle leur fut dévolu, quels symboles particuliers durent-elles endosser?

Elles sont l'oeuvre d'obscurs artisans, pas toujours artistes, dont la postérité n'a pas retenu le nom, dans la plupart des cas. Nombre d'entre elles ont franchi le cap des cent ans, dans l'indifférence générale. En revanche, celle de La Garde, dans le Hameau de Putteville, près de La Mure, en Isère, a bénéficié d'un traitement de faveur, des habitants ayant décidé de l'honorer à l'occasion de ses cent ans , en 1992, après lui avoir refait une beauté. Si la croix de La Garde porte une inscription qui permet de dater la mission par les soins de laquelle elle fut construite, il n'en va pas de même pour certaines autres. Toutefois il est à peu près établi que les missions chrétiennes sont intervenues après la Révolution, pour ranimer la foi ébranlée par les arguties de Dame Raison.

L'édification, puis la bénédiction des croix au pied desquelles venaient se dérouler d'immenses processions, constituaient une forme de mariage propitiatoire entre le ciel et la terre: "N'est-ce pas dans un dessein de conjuration, de sacrifice expiatoire, d'imploration, que le monde chrétien a multiplié aux carrefours les croix, les calvaires variés..." affirme le dictionnaire des symboles. 

L'emplacement de ces croix aux carrefours des routes s'explique par la valeur éminemment emblématique de ces espaces, figurant le centre du monde, comme la rencontre avec le destin.

 

DES INDULGENCES

 

A grand symbole, petites anecdotes, que seuls quelques anciens savent encore raconter, ou quelques historiens. René Reymond, dont l'érudition en matière d'histoire régionale a de quoi donner le vertige, appartient à cette race d'amoureux inconditionnels de leur pays, à qui le moindre vestige, la moindre inscription est trésor. C'est lui qui nous a fourni un document d'époque relatant l'érection et la bénédiction de la croix de mission de La Garde, un événement qui remonte au 26 mai 1892. On y apprend que ce jour là, "Fête de l'Ascension et jour de clôture de la mission, une croix commémorative a été érigée et bénite solennellement au cours d'une splendide procession qui s'est déroulée depuis l'église paroissiale jusqu'à l'emplacement dit De La Garde... Là, devant la presque totalité de la paroisse et à la suite d'un sermon sur la croix, ses enseignements et ses espérances, le révérend Père Norbert, capucin, et directeur de la mission, a béni la belle croix due aux généreuses offrandes des paroisssiens, et a annoncé qu'elle aurait désormais la faveur de diverses indulgences, dont trois plénières et à perpétuité...". On peut imaginer, sans trop s'avancer que le rituel a été le même à chaque fois.

 

DE RARES CALVAIRES

 

Les calvaires passent pour être une spécialité bretonne. Mais il en existe aussi dans le reste de la France. Ceux de Saint-Siméon de Bressieux ou de La Mure méritent le détour. Si à La Mure on retrouve bien aux côtés du Christ les deux larrons (qui lors des processions sont parfois privés de la bénédiction), à Saint-Simeon de Bressieux, en Isère, ils ont été remplacés par deux statues. L'ouvrage, implanté à un carrefour dangereux, offre quelque chose d'imposant.

Pour la petite histoire, et comme nous l'apprend M. Reymond, le calvaire de La Mure, datant de 1723, a été démoli pendant la Révolution.
D'aucuns se sont employés à le faire reconstruire et à le doter de croix en pierre.

D'autres n'ont sans doute pas fait l'objet d'une telle sollicitude... Les croix de carrefour auxquelles souvent le promeneur ne prête pas attention, se recroquevillent sur leur histoire, usées par les intempéries, négligées par les hommes..m-lise.

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