11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 20:03

Barbie sur le divan

50e ANNIVERSAIRE DE LA POUPEE

 

 

 

 

 

 

Plus qu’un an avant que Barbie ne quitte le statut de ménagère de moins de 50 ans. Et pourtant, pas une ride, pas un trait de fatigue, pas un kilo de plus… La pulpeuse Californienne reste un symbole d’éternelle jeunesse, mais fâche aussi. Psychologues, médecins et féministes convaincues condamnent la miss aux cheveux d’or. Il est temps de décortiquer le phénomène Mattel.

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http://linalise00.spaces.live.com29 centimètres. Des jambes qui n’en finissent pas. Une taille de guêpe (trois corsets ne permettraient pas d’atteindre une telle finesse). Un visage enfantin. Un sourire permanent. Mais quel est le secret de Barbie ? A 49 ans,
entre un épisode des ‘Feux de l’amour’, une virée shopping et une glace entre amis,
Barbie galope sur son cheval rose ou s’envole dans un avion… Incontestable réussite marketing, les petites filles se l’arrachent. La poupée adulte a mis une bonne claque
aux baigneurs et autres peluches asexuées. Porte-drapeau de la condition féminine ou symbole implacable de l’antiféminisme ? A l’aube de son cinquantième anniversaire,

la poupée qui fait bling-bling continue de faire débat.

 

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  Naissance d’un mythe

 

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Certaines légendes plongent dans les entrailles de la terre, sur les rives du Styx, ou dans les hauteurs de l’Olympe. Le dernier mythe de Vénus, inconsistant et stérile, surfe sur les vagues de Californie et s’appelle Barbie. Barbara Caylah Millicent Roberts (son vrai nom, excusez du peu) est présentée pour la première fois le 9 mars 1959 par sa créatrice

 

 

 

 

Ruth Handler à l’American Toy Fair de New York. Blonde platine, le teint clair,
elle est vêtue d’un maillot de bain zébré. Sexy, la poupée a tout d’une pin-up : poitrine opulente, taille fine, jambes longues, bouche vermeille et visage de petite fille. Une femme-enfant à la plastique de rêve.

L’aventure Mattel commence grâce à ce nouveau jouet, copie de la poupée allemande
Lilli, première "poupée mannequin" au visage maquillé apparue en 1955.
Une star est née, une chimère pour des milliers de petites filles qui rêvent
de cet univers de strass, de belles maisons, de mode, où tout est facile, futile et frivole. Barbie, c’est la version édulcorée de

 

FFF. Bienvenue au pays de de la poupée gâtée…
De jouet pour petite fille, la figurine de plastique va susciter un colossal empire marketing de dimension internationale. Au fil des ans, Barbie se modernise, tout en restant presque identique à son aïeule. Ses cheveux s’allongent, sa peau bronze, le travail s’impose, ses amies se multiplient, ses origines se métissent.
Elle est le témoin des divers aspects socioculturels successifs
des Etats-Unis.
Mattel devient un des plus puissants groupes industriels
de fabrication et vente de jouets au monde. Barbie ou la caverne d’Ali Baba des commerciaux, à la cible rêvée : les petites filles.

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Desperate Housewife ou l’antiféminisme à strass

Mais que pense Barbie de tout cela ? Elle est à la tête d’une immense entreprise
et passe sa vie dans les boutiques. Dans sa prison dorée, elle attend Ken, papote
avec ses amies de sa dernière manucure et veut changer de coiffure. En bref, Barbie
s’ennuie. Véritable Desperate Housewife, sa vie n’a rien de passionnant, entièrement amidonnée dans un quotidien luxueux absous de la moindre nécessité. Car Barbie ne mange pas, ne travaille pas (à ses débuts du moins), tout lui tombe dans les mains.
Dans son univers, les principes de base sont simplistes : paraître
plutôt qu’être. Les féministes s’insurgent : Barbie est un exemple flagrant de misogynie exacerbée.
Il suffit de mesurer à quoi cette poupée est réduite. Symbole d’une superficialité à toute épreuve, Barbie s’entoure de vétilles. Dans le monde de Barbie, le matérialisme est roi et la futilité maîtresse. L’infantilisation et l’abêtissement du quotidien de la jeune femme renvoient les hommes à une conception machiste de la société. C’est d’ailleurs à se demander si la pléthore de blagues phallocrates sur les blondes ne vient pas de Barbie. Le stéréotype est obscène et réduit la femme à un statut dégradant et pervers qui la substitue au rôle d’objet. Sois belle et tais-toi.

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Vers une émancipation de la femme ?

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Mais les féministes ne sont pas toutes d’accord à ce sujet. Pour certaines d’entre elles, la poupée qui fait non (Barbie ne couche pas) est un porte-drapeau de l’émancipation féminine. Et certains détails de l’aspect physique et pratique de la figurine en témoignent. Aussi, entre 1959 et 1970, Barbie regarde légèrement vers le bas et vers la droite.
Elle est soumise et réduite à son rôle de femme au foyer sous les ordres de l’homme.
Mais en 1970, Malibu Barbie débarque, toute bronzée et le regard franc. C’est que désormais la belle conduit sa propre voiture. Preuve de l’affranchissement de
la femme dans les années 1970 dans les sociétés occidentales. Dès lors, Barbie s’épanouit dans divers métiers (médecin, rock-star, pilote…) et loisirs qui prouvent, là encore, son indépendance et sa facilité à prendre sa vie en main. Elle s’assume

comme femme dans une époque débarrassée de codes sociaux archaïques et désuets. Belle, pulpeuse, la demoiselle s’appréhende
avec féminité sans pour autant être l’esclave sexuelle de son mari.
Elle refuse le statut de mère de famille au profit d’un hédonisme permanent.
Mai 68 et sa révolution des moeurs sont passés par là, Barbie en est l’éblouissante Marianne.

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Bastion culturel ou cultuel ?

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Jusqu’en 1990, la seule version existante dans les publicités de Barbie a
le teint clair et les yeux bleus. Il est temps de diversifier cette image.
Aussi la firme Mattel développe alors des poupées d’ethnies différentes dans les spots publicitaires. En fait, dès 1967,
Mattel lançait un modèle noir : Fancie, à laquelle se sont ajoutées Marina, l’Asiatique, Térésa, l’Hispanique et Christie et Steven, le couple noir. Rapidement Barbie dépasse la question ethnique pour prendre une dimension nationale : c’est l’arrivée des poupées italiennes, hollandaises, espagnoles, japonaises… Et soucieuse de ne froisser personne, ni aucun groupe, la société Mattel commercialise même un Ken portant un costume et une boucle d’oreille, pouvant suggérer son homosexualité. C’est la valse des clichés. Mattel existe donc aussi par la controverse, mais tant que les
chiffres d’affaires s’arrondissent, pourquoi se plaindre
?

Néanmoins, les altercations peuvent prendre une certaine ampleur et Barbie
sert même des causes religieuses. Aussi, la propagande islamiste qualifie
parfois Barbie de "poupée juive" à cause des origines ashkénazes de sa créatrice. Représentante de comportements féminins non conformes à la morale musulmane, l
a figurine est interdite en Arabie saoudite. Pour justifier cette décision, l
e comité pour la propagation de la vertu et la prévention du vice des Emirats arabes réunis a expliqué : "Les poupées Barbie juives, avec leurs vêtements révélateurs, leurs postures, accessoires et outils honteux sont un symbole de la décadence de l’Occident perverti.
Prenons garde à ces dangers et faisons très attention." (1)

Il n’en reste pas moins que Barbie est l’un des jouets les plus vendus au monde.
D’après Mattel, plus de 650 millions de poupées ont été vendues
depuis 1959. En moyenne, les petites filles américaines possèdent sept poupées, les petites Françaises, deux et les Italiennes et Allemandes, trois.
Devenu un objet culte, Barbie fait également le bonheur de collectionneurs qui possèdent jusqu’à 11.000 figurines. Certaines, en tirage limité, portent des tenues réalisées par les plus grands couturiers :

 

Versace, Christian Dior ou encore Yves Saint Laurent.

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Attention, jouet dangereux

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Outre les récupérations religieuses, les conflits pour l’image qu’elle véhicule,
Barbie fait aussi perdre la tête aux médecins. Pour les psychologues, cette poupée
insuffle un rapport enfant-poupée complètement modifié. Barbie n’est pas une poupée que l’on cajole et que l’on materne. C’est un gage de maturité et de corps de femme. Elle s’impose comme un modèle pour de nombreuses petites filles. C’est là que le danger pointe. Car la poupée devient référence de la beauté parfaite. Les médecins tirent la sonnette d’alarme et expliquent que les dimensions de l
a poupée sont humainement impossibles à obtenir. Ses mensurations en font un monstre de la nature : aussi, son tour de taille, proportionnellement à sa hauteur, est 39 % plus faible que celui d’une anorexique. Et selon plusieurs études anthropomorphiques, moins d’une femme sur cent mille s’approche des mensurations de Barbie. Educateurs, psychologues et médecins pensent que la figurine influence les enfants car elle est davantage perçue comme une personne à part entière que comme une poupée. Aussi certaines enfants tombent dans l’anorexie dès l’âge de 6 ans.
En 1993, L’Humanité publiait une photo d’une jeune fille "passée 18 fois en
quatre ans sur le billard des chirurgiens esthétiques pour pouvoir ressembler trait
pour trait à son idéal de la beauté féminine : la poupée Barbie". Ce cas extrême d’identification montre malheureusement à quel point le phénomène Mattel dépasse son simple rôle de jouet. Plus dangereuse que Chuckie, Barbie a de nombreuses victimes
dans son sillon parfumé…

Sur Hollywood Boulevard Barbie serait la proie rêvée des paparazzi. Et

 

Paris Hilton aurait bien du souci à se faire. Mais pas besoin d’être de chair et de sang pour agiter les foules ou susciter le désir. Du haut de ses 29 centimètres la créature de plastique sert d’exutoire aux mères frustrées et de modèles aux petites filles. Avec son sourire d’ange la blondinette est un poison perfide et suscite bien des controverses. Il y a peu de risque pour que Mattel s’inquiète de tant de critiques. L’enjeu économique est trop monstrueux pour être ébranlé par quelques diatribes, mêmes justifiées. Au royaume de Barbie, pas de politique. Une seule philosophie : voir la vie

en rose…Auteur inconnu  m-lise

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